Monday, February 09, 2009

On le surnommait Psiki parce qu'il écoutait de la musique des années 60-70 - et en particulier du rock psychédélique. Il portait des vêtements décalés - pantalon en velours côtelé rouge, veste de pépé grise. Il dessinait des pastels où s'ouvraient des yeux vides enroulés dans des spirales infinies. Il avait un regard à moitié absent. Psiki se disputait tout le temps avec C. parce que C. était académiste et que lui, il était révolutionnaire.

Que C. fût réellement un académiste, je ne sais pas. Je ne saurais pas le dire. C. défendait la tradition - peut-être même le canon. Je ne saurais pas en dire plus. J'ai des souvenirs très lointains de C. qui dérangent ma perception actuelle de lui, ce qui l'entourait d'un halo particulier, celui du temps. C. avait une voix grave, qui traînait parfois un peu. Il avait gardé un accent reconnaissable parmi tous. Il était très lucide. Quelque chose passait parfois cependant par son regard entouré de cernes. C'était l'angoisse, l'angst.

C'était peut-être l'exaspération de cette lucidité jusqu'à sa convulsion. C. faisait le tour d'Italie, avec son vieux sac à dos, ses jeans déchirés et son pull trop grand. Ils étaient tous deux de grands romantiques. Psiki appartenait à cette espèce des martyrs, faite de feu, mais d'un feu bleu. C. était plutôt un fuyard, un baroudeur. L'un parlait jusqu'à se perdre dans ses discours, l'autre se taisait brusquement, faisant peser sur la conversation des silences presque gênants.

Le soir tombait déjà, le ciel s'était éclairci. Ils étaient assis devant une fontaine. C. regardait les carpes. Il y en avait une très grande, dorée. Psiki faisait des cocottes en papier qu'il regardait couler, portées par l'eau d'une rigole jusqu'à disparaître derrière une grille, emportée on ne sait où.

6 commentaires:

Aude said...

J'aimerais bien les rencontrer ces deux là un soir de fin d'été près de la mer.

Mots d'Elle said...

Je pourrais relever plein de phrases de ce texte qui me mettent à genoux! Ton style est superbe! Quel plaisir de te lire!

Ode said...

Du feu bleu, une carpe dorée ... ça met quelques reflets dans cette journée de pluie !

Nicolas said...

J'aime beaucoup ce texte. Simple, beau, émouvant. Le yin et le yang dans sa plus belle configuration, la fontaine comme un trait qui les assemble et les sépare.

Philippe said...

Bonjour. Cherchant une illustration pour une citation sur mon blog de la fin de La folie du jour de Blanchot, j'ai retenu celle parue sur une de vos pages le 10 juin 2008. C'est un dessin "d'après". Je pense que vous en êtes l'auteur. Ne connaissant pas votre identité, j'ai créé un lien vers votre blog à partir de l'image empruntée.
Par "coïncidence", je crois déceler dans vos lignes des perspectives poétiques auxquelles les miennes ne sont pas complètement étrangères. Je vais passer un peu de temps à découvrir votre travail.
Il va sans dire que si l'usage que j'ai fait de votre illustration ne vous convient pas, je la retirerai sur le champ.
Cordialement.
Ph. L.

Météores2 said...

Pardon; mon blog:

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