Friday, February 29, 2008

Autoportrait

Je me demandais ce soir quelle image m'irait le mieux.
Une bille qui roule dans un escalier en colimaçons ? Nah, trop banal. Un flocon de neige qui se forme au hasard ? Trop précieux. Une tassé de café où tourbillonnent des remous océaniques ? Mouais.
Un essaim d'abeilles devant un gros pot de miel ? Miam. Mais l'image n'est pas de moi.
Et ma devise ? Semper adamas ? Trop fasciste. Mehr licht ? Je ne suis pas en train de mourir. Je suis celui qui est ? Pourquoi pas. C'est simple au moins. A rose is a rose ... Très joli, ça aussi. Encore des sentences à l'emporte-pièce. Le monde en est fait, c'est là son malheur. Flegme et froideur, s'imposent.

Oh ! Une aspirine en train de se dissoudre dans un verre d'eau municipale.

Tshhhh................................

Tuesday, February 26, 2008



O. Debré

Je n'arrive pas à (le) dire, je n'ai rien dit, et pourtant.

Sunday, February 24, 2008

L'an zéro (un)

L'ANNEE DEFINITIVE.
Quel soleil, insupportable, et doux. J'ai repensé à mes projets et l'avenir s'est serré dans mon coeur. Il est devenu petit, petit, petit. Et puis grand, grand, immense.
Il s'est contracté jusqu'à exploser. Cette vie, close, dure, refermée sur elle-même, un pays dans un pays, un état dans un état, un château dans un château, une mafia dans une mafia. Je m'abîme. Je m'use. Il faut se refaire une peau. Frotter, gratter. S'enliser. Se lire. S'embourber. Se retrouver. Se retrouver. (Te).
J'ai dit à Eliomi : pourquoi, tout me semblait si beau, aujourd'hui, tout était si parfait. C'était une journée musicale, une journée comme il y en a eu peu dans ma vie, une journée éloignée, une journée qui reste.
Eliomi a répondu : c'était un vertige, presque, une fuite en avant, une danse pour ne pas se voir. (Te)
Et puis il paraît qu'on disait : "on arrête tout et on réfléchit". Que se passerait-il si tout le monde faisait un pas de côté ? (et peut-être à gauche). On envoie au diable tous les cons. On démantèle les voitures. On transforme le supermarché en musée. On jette les clés par la fenêtre.
Quel soleil, tout à coup. On ouvre les prisons. Quelqu'un de sensé dit : "Il faudrait fermer les écoles, et agrandir les cimetières" (Roberto Zucco).



Saturday, February 23, 2008

Les roses du Kenya

De ses petites mains blanches, elle serre son écharpe, la ramène devant sa bouche, l'écharpe noire, comme un doudou. Elle porte un haut vert olive. Elle fume des cigarettes blanches. Cette jeune fille aurait perdu la vue. Un jour seulement. Cécité mentale. C'était il y a trois ans. On me l'a raconté : tu vois qui c'est, une jeune fille brune à l'air désespéré. On me l'a raconté, je le tiens de source sûre. Non, ce n'est pas elle, je ne crois pas. Je crois que c'était une autre. Mais le doute creuse son chemin, même si je n'y pense pas vraiment, je ne pense à rien de précis. L'hésitation la rend étrangère. Elle sourit un peu. Elle n'est pas dans la conversation ; elle ne dit rien. Elle fume une cigarette. Je croise son regard un instant ; je le détourne. Elle sourit un peu. Elle prend une cigarette blanche dans le paquet rouge foncé. Le sweat-shirt du garçon à côté est rouge vif. Il y a un dessin de rhinocéros blanc sur le torse. Ses sourcils ressemblent à ceux du Jésus de Pier Paolo Pasolini, presque unis. Et il a un peu la même bouche, petite. Mais son visage ne rayonne pas. Seulement, peut-être, une ombre. (Certaines ombres font de la lumière). A côté de lui son ami, plus traditionnel, en pull gris, écharpe, manteau bleu ou noir, je ne sais plus. Yeux bleus, cheveux noir. Très bleux, très noirs. On ne dira rien sur son CV - car on le comprend. C'est banal, à force. On ne dira rien sur sa vie intime - pour les mêmes raisons. Il parle des roses du Kenya.

Les roses du Kenya , qui par vagues entières arrivent en Europe. Des soldats les protègent, paraît-il, des massacres - pour qu'elles arrivent, les roses du Kenya, blanches, intactes de sang, pour que je te les offre. En France, on aime les petites roses qui durent. En Russie, les grosses roses qui se fanent en un jour. C'est l'esprit russe, flambeur. Tiens, je te paye des roses. Elles vont faner dans un jour, pas grave, tiens : je t'en payerai d'autres. Tout flambe.

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Sunday, February 17, 2008

17 / 02

[zoo]

Je n'ai jamais parlé de mes petites bêtes chéries.

La première, petite et très belle, rit avec dédain et se tire les cheveux.

Une autre dort sous mon lit, et ronfle un peu. Elle a une fourrure tachetée d'étoiles d'argent.

La dernière enfin, est la plus belle et la plus dangereuse. On ne voit que ses yeux gris, ravis, perdus dans le vague.


Thursday, February 14, 2008

14 / 02

J'ai un peu renoncé à mettre du feu dans la pâleur de mes jours.
Quand j'ai vu la transparence de la flamme qui brûlait dans l'air du matin - j'ai soupiré.
J'ai décidé de courir plus vite que le bus, et pour ça, j'ai grillé tous les feux rouges sur le vélo.

Plus tard le soleil était trop fort, il découpait nettement les traits et les mots, avec une précision de scalpel chirurgical.

La souffrance glissa, autour du livre, comme un papillonnement invisible, puis - soufflée dans ma bouche - se nicha dans mon ventre. Je me pliai en deux, en quatre, en vingt-cinq, et la rejetai aussitôt. Avec toutes mes forces. J'espère que ça passera. Je sais que ça passera.

L'éveil d'une lucidité qui par éclairs remplace l'aveuglement : l'image - d'habitude floutée - m'apparaît surexposée, en négatif, même - dans un éclat de miroir.

(... ah, et la discussion angélique. Personne ne comprenait. L'enseignement, ça m'énerve. - - -
Tz, tz, tz. Quittons la complaisance.)

Wednesday, February 13, 2008

13 / 02


IRONIE. J'aime l'ironie et le détachement de certain(e)s de mes ami(e)s qui semblent maîtriser leur existence. Ces personnes ont, il me semble, un regard plus perçant que le mien - ou alors
plus froid - dis-je, pour ne pas me sentir moins clairvoyant. Elles ont le don de mettre en évidence le détail comique, d'imiter les voix et les tournures, de saisir les défauts les plus intimes. C'est une finesse délicate, et d'autant plus cruelle.

TANIZAKI. C'est encore une pensée que je trouve "tordue", mais j'ai souvent l'impression que douceur et cruauté sont jumelles. J'ai envie de parler des japonais, qui sont souvent cités comme des maitres ès raffinements d'art & de souffrance.

THE ANGELIC AVENGERS. Je pense parfois à ce roman de Karen Blixen qui raconte la transformation de deux jeunes filles, prudes et innocentes, en Angelic Avengers.
Le Mal a - lui aussi - choisi figure humaine, c'est un vieil homme parfait : un religieux, si mes souvenirs sont bons. (Mais j'invente des détails, peut-être).
Ce qui est merveilleux, c'est cette incarnation du Mal sous des airs de vieillard candide. Le Bien qui vient inspirer la Vengeance à deux jeunes anges en est à la fois affadi et sublimé.
Finalement, je ne sais plus qui est vraiment cruel, qui doit mourir, qui souffre vraiment dans cette histoire. C'est le vieillard qui doit mourir. Non pas parce qu'il a fait le mal, mais parce qu'il est faible, hypocrite, pathétique.
Sous la première allégorie - le Bien en lutte contre le Mal - j'entrevois une deuxième interprétation.

LADY MACBETH. J'ai le souvenir d'une Lady Macbeth jouée par une japonaise.
Nue - si ce n'est pour l'obscène cache-sexe en fourrure.
Et muette : le rôle était scindé entre acteur et récitant, comme dans le bunraku.
Nue et muette. Privée de tout.

Tuesday, February 12, 2008

12 / 02

Je pensais que la distance et le recul permettraient de mieux saisir le grand Tout, d'être plus froid et objectif.
J'ai maintenant l'impression que les distances physiques, ou les quelques durées de temps qui s'interposent entre a et b (pour faire semblant de parler mathématiquement) ne sont faites que pour brusquement s'effondrer, se tordre, faires des boucles, se raccourcir, ou s'étendre à l'infini comme un élastique ou un chewing-gum.
C'est dire qu'à peu près tout me semble reposer sur des fondements extrêmement fragiles, et vacillants.

Je me demandais donc pourquoi cette impression de précarité dans l'édification, voire l'intuition de sous-bassements douteux, ou de sous-sols, ou de sous-sous-sols, accompagnés de leur horde de Créatures bizarres & Pas Tout à Fait Identifiées tapies dans l'ombre.
Attention, j
e n'aime pas particulièrement l'irrationalisme. Il me fascine, mais bon. [Bla bla bla.] Lorsque je sens que je me laisse aller à des interprétations peu logiques des êtres ou des évènements, j'essaye de ne pas.
J'ai peur de devenir un fanatique. Je me demande (parfois) si je ne le suis pas - déjà. Alors (au pire) il faudrait arrêter de l'être. (Un fanatique). Ce n'est pas (si) impossible. Le nombre de parenthèses qu'il m'a semblé nécessaire employer prouve le contraire. Quand on commence à ressentir ce besoin de parenthèses, on est déjà sur un mauvais chemin, me semble-t-il.
Souvent les dessins tout autour - je parle de dessins pour évoquer de façon la plus générale possible les traits & les enchaînements, mais il pourrait s'agir de chaînes causales, de compositions musicales, de représentations de théâtre, de danse balinaise, d'opéra tonkinois - bref, le Tout-Autour, tout cela m'apparaît sous une lumière extrêmement déplaisante.
Je n'arrive pas à retracer exactement pourquoi, ni à quelle occasion ce genre d'étrangetés m'ont frappé. Souvent la fatigue, la faim, le désir sexuel, le dépît, y ont contribué. Mais ce ne pouvait être que cela.
Il devait y avoir fondamentalement autre chose.
(Autre chose.)
Mais quoi ?

Saturday, February 09, 2008

09 / 02

Quelle angoisse, parfois. Je suis pelotonné dans mon lit avec une folle envie de travailler et la tête fébrile. C'est vrai, chaque jour tombe comme un arbre - comme une pierre lancée dans l'eau. Un plouf, de petits remous circulaires, et puis l'immensité plate qui reprend ses droits. Parfois un courant passe. Parfois une tempête. Parfois une mouette se pose. "Panta rei." Mais la déreliction d'une feuille qui flotte emportée au gré des courants ne me plaît pas, j'aime ceux qui tracent - qui vont, même sans savoir où, juste pour aller, en un certain sens. Bien sûr arriver à bon port - comme disait la publicité - après une longue traversée, ce n'est pas mal. Par exemple, voir des mouettes, voir la terre, crier : les Indes ! Et se retrouver en Amerique. Comme quoi. Et tout ce qu'il faut traverser, pour voir une ligne de terre ! Les apparences, les contradictions, les souvenirs - comme des murs insurmontables contre lesquels on est lancé - et qui perdent au dernier moment leur consistance ; ou, qui, au contraire, se dressent, inattendus, au détour d'une rue...

Friday, February 08, 2008

08 / 02

J'étais excedé. Avec le temps, il fallait faire les comptes avec ça. Je croyais avoir enfoui Li Ta Li dans la confusion parisienne. Mais non. Non, ce n'était pas la mafia. Enfin si mais pas comme dans les films. Non, ce n'était pas vrai qu'en Italie on n'avait pas de rigueur ; enfin si ; mais c'était intelligent tout de même. C'était l'insouciance qui va à la littérature. Il fallait toujours que les études en France soient mieux, plus méthodiques, plus rigoureuses, plus intelligentes. Il fallait de toute façon que la France soit mieux, trop mieux. Il y avait des failles dans cet orgueuil national, et du mépris.

Puis, au téléphone, mon père. Il revenait de l'Argentine. Il était heureux. J'étais bien obligé de faire les comptes avec l'autre côté de la tribu. Le temps ne les avait pas effacés. Ma grand-mère voyageait ; elle disait encore que c'était la dernière fois. Toute la petite maison semblait aller bien.

Ville jaune, poussiéreuse. Bleu partout, et jaune. L'air lourd de parfum de café. La sensation d'une pesanteur dans tout le corps, les cigarettes, une vieille traduction de l'Eneide. Lentement. L'impression, encore, que le chat gris entrerait sans bruit dans la chambre. Etcétera.
Avec tout ça, j'étais ému. Le coup de fil. C'était peut-être le verre de rouge que je buvais, en même temps. Je me représentais qu'il y avait là quelque chose, dans la stupidité silencieuse des choses, dans l'immobilité des après-midis de Palerme, quelque chose de caché, de profond. Que l'amour s'était niché quelque part. Arrêter de porter un jugement de quelque nature qu'il soit. Suspendre. Tout suspendre. Surtout moi - ou toi - je ne sais plus trop à qui est la faute, avec ces pronoms. Ces images fondues-enchaînées, je les connaissais par coeur - je comblais le vide avec.


Monday, February 04, 2008

Glossaires


Grec : le regret des îles. Grignote le Bailly.

Allemand : l'amant, l'amante, l'amande de ses dents : j'hésite encore.

Anglais : glas sonné par l'examinateur trop parfumé : en déliquescence.

Net : chambre propre où s'ouvrent les distances.

Amour : heure amère où la mer me manque.

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Sunday, February 03, 2008

Marée

Il se peut que les vagues soulèvent des fonds de détritus - algues, morceaux de coquillages, mégots de cigarette, bouchons, cadavres de poissons ou de meduses - comme ce jour où tout le rivage était couvert de petites gelées gluantes et translucides.

Il se peut que les vagues se taisent : moments d'extrême clarté, de transparence, où le ciel semble se réverser dans la mer, couler, les deux nappes s'unir, la ligne de l'horizon comme tracée par hypothèse ou par convention.

Jusqu'au moment où il n'y aurait plus de différence entre l'un et l'autre.


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