Tuesday, September 23, 2008

Falaises

Le couloir à parcourir, long d'un an au moins mais d'un an qui veut dire mille ans d'un an qui contient des siècles des siècles qui contiennent des millénaires, c'est un couloir qui frôle plusieurs falaises : une falaise blanche brûlée ravinée, qui se jette dans la mer méditerranée, et jamais la mer n'a été aussi bleue ; des chemins jaunâtres, couverts de ronces, de nœuds d'épines, qui se tordent dans toutes les directions.

Plus loin, c'est le phare désert. Il est gris, en surplomb sur la mer. La mer brille, c'est une immense peau de serpent. Et pourtant sous ce soleil il fait froid, chaque souffle d'air entre nous, chaque crevasse qui s'ouvre nous éloigne, nous risquons à tout moment de tomber, de sombrer, de devenir étrangers à nous-mêmes, étrangers à l'autre, sans même s'en rendre compte, par une simple absence, par trop de légèreté ou par excès d'inertie.

Je ne peux pas ne pas reconnaître cette morsure identique à celle du passé, qui prend le bas du ventre pour remonter vers les poumons et le cœur. Ne pas reconnaître le moment où tout tremble où tout est saisi par le mouvement de la grande bête qui porte le monde sur son dos.

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